Exposition Isa Sator – Portraits de famille de « Bécassine »

Exposition Isa Sator – Portraits de famille de « Bécassine » 2018-06-18T18:50:29+00:00

Project Description

Isa Sator - Portraits de famille -La mère Rose Bonbon

Isa SATOR

Portraits de famille

de Bécassine

Peintures

EXPOSITION du Samedi 23 Juin au Samedi 7 Juillet 2018

Isa SatorIsa Sator - Peintre

Site web Isa Sator

L’artiste

Isa Sator est peintre depuis qu’elle est tombée du berceau ; elle a su peindre avant de savoir lire et écrire. Devenue avocate pour « enterrer sa folie sous l’habit de la femme irréprochable », elle va laisser cette dernière exploser en vol ! Partie découvrir d’autres espaces-temps de l’autre côté du Pacifique pendant près de 10 ans, elle revient de Nouvelle-Calédonie en 2003 en tant que peintre affirmée et pourtant entièrement autodidacte.
Aujourd’hui elle vit et travaille à Paris.

« La couleur est la parole de mon inspiration, le canevas de ma vie et mon repère le plus fondamental. Elle m’accompagne partout et sans elle, je pâlis… Je lui donne des correspondances émotionnelles, vibrationnelles et symboliques. Pour moi le rouge est synonyme de passion, le vert d’eau symbolise le pouvoir secret de la femme, le bleu marine la douleur, le jaune la fulgurance…

La plus grande partie de mon travail s’effectue la nuit dans le tissage de mes rêves ; je reçois et à mon réveil la peinture automatique se déclenche. C’est assez magique ! Je ne cherche pas à comprendre, j’aime ce dialogue avec l’irrationnel. Il est comme un compagnon. Il y a beaucoup d’Animus Domina chez moi, comme dirait Clarissa Pincola Estes (In le livre Femmes qui courent avec les loups). Mes toiles sont des symboles de vie et d’espoir. Face à l’adversité, je réponds par la force et la joie de vivre et d’être. Il se trouve que j’ai une furieuse envie d’exister envers et contre tout. »

De nombreuses expositions personnelles ou collectives jalonnent son parcours artistique depuis bientôt 15 ans, en salons et en galeries, en France comme à l’étranger : Nouméa, Paris, New-York, Londres, Houston…
Enfin plusieurs distinctions couronnent cette artiste talentueuse : Médaille d’or et Prix spécial du Jury au Grand concours international de Fréjus – Médaille européenne et Trophée Abstraction Lyrique des victoires au Salon d’Art Moderne et Contemporain (2005).

Isa Sator Pensée

Famille céleste

La bonne distance

Il y a, dans la manière de peindre d’Isa Sator, une joie de vivre évidente qu’elle déploie avec une énergie rare et un talent auxquels il est difficile de résister.

Courbes lestes, lignes onduleuses, rapidité du geste, élégance des atours dont elle pare ses modèles, les portraits qu’elle nous livre aujourd’hui brillent de feux dorés et d’éclats de couleurs pulpeuses.

Qu’elle s’empare de sujets ou de thèmes, qu’elle se glisse dans les fééries des Mille et une nuits ou se confronte aux passions humaines, elle le fait avec une légèreté qui ouvre sur une sorte de distance porteuse à la fois d’humour et de vérité. Savoir peindre à la bonne distance, voilà bien l’une des qualités du travail d’Isa Sator.

À travers les âges

Ces femmes qui exhibent leur tête, leur chevelure, leurs bijoux, leur robe, semblent tout droit sorties des murs d’une de ces demeures dans lesquelles, autrefois, on rassemblait les portraits des membres illustres ou contestés de la famille à travers les âges.

C’est une telle famille qui est ici présentée à travers quelques-uns de ses spécimens les plus « baroques », mais, pour ne pas s’embarquer dans des considérations oiseuses, elle doit être comprise comme étant la famille imaginaire d’Isa Sator.

Elle est composée de visages peut-être connus mais surtout inconnus, et cela importe peu, car réels ou inventés, en tenue rock ou en robe à falbala, en robe de cour ou en de tenue de reine de conte de fée, ces visages de femmes viennent à nous comme ceux d’amies fantasques peut-être, mais charmantes.

S’ils nous charment tant, ces visages tout droit sortis d’un cottage hanté par des fantômes heureux, c’est que le temps semble n’avoir pas de prise sur eux. Ils nous apostrophent avec leur visage le plus vrai ou plus exactement avec ce qu’il y a de plus vrai en eux. C’est pourquoi, ici, le temps semble ne pas compter du tout. Nous sommes dans un « espace imaginaire » sur lequel la mort semble n’avoir pas de prise.

C’est le présent dans sa pure munificence qui s’expose sous les couleurs brillantes qu’utilise à merveille Isa Sator dans sa peinture.

Oui, ici, le temps ne semble pas compter. Où alors il faut le chercher là où il se cache, non parce qu’il fuirait mais parce que, dans ces détails, il a su trouver comment parvenir à durer indéfiniment.

Ce sont les atours, les bijoux, les robes, les boucles d’oreilles, les parures, les couronnes, les coiffures extravagantes qui ont capturé le temps et en ont fait la châsse dans laquelle s’exhibent ces visages.

Joie secrète et mélancolie impartageable

Portés par l’intensité de cette immobilité de parade, les visages des femmes de cette famille imaginaire semblent pourtant aussi nous délivrer un tout autre message. Ce serait avouer n’avoir pas « regardé » les tableaux que de n’avoir pas noté combien, d’un visage l’autre, une forme de mélancolie les habite.

Ce n’est pas de la tristesse, ce n’est pas de la déception, c’est à l’évidence l’ombre portée du doute quant à la véracité des affirmations habituelles au sujet de la famille qui en font le lieux des bonheurs partagés.

La réalité, on le sait est tout autre, et le plus souvent, la famille est « aussi » le lieu dans lequel se jouent les drames les plus sombres et où cuisent les rancœurs les plus amères.

C’est que la famille n’est pas le paradis que l’on croit mais bien l’antre dans lequel se concoctent les plats les meilleurs comme les pires, les breuvages qui soignent et les poisons qui tuent.

Alors, comme s’il s’agissait de nous inviter à trouver les moyens d’échapper à tous les mauvais souvenirs qui pourraient venir à nous, sans pour autant nier qu’ils existent, Isa Sator met en branle son savoir-faire si singulier, si efficace, si salvateur.

Pour elle, ces femmes sont des membres de la grande famille imaginaire, faite néanmoins aussi de personnes qui existent ou ont existé, et cette famille imaginaire elle la nomme sa « famille céleste ».

C’est alors que l’on comprend d’où vient la force heureuse de ses œuvres, c’est qu’elle va puiser dans le réservoir sans fond de l’imaginaire pour contrer les puissances négatives qui sans cesse viennent tenter d’abîmer la vie. Et, de l’accès privilégié qu’elle a su se construire à cette source-là, elle peut, sans relâche, venir nous éblouir des éclats de sa peinture et nous faire aimer « sa » famille imaginaire et céleste comme si elle était aussi la nôtre.

06/06/18
Jean-Louis Poitevin
Écrivain, critique d’art, membre de l’AICA, Rédacteur en chef de TK-21LaRevue (www.tk-21.com)