Description du projet

Expositions

L’Osmose-Kiraméki Transfiguré !

L’Osmose-Kiraméki Transfiguré !

En 1976, j’ai rencontré Yves Navarre, il n’était pas encore Prix Goncourt, je n’avais pas encore exposé
une seule peinture. Il écrivit un court texte sur mon travail, avec sa particulière sensibilité, son talent,
sa rare connaissance de l’œuvre picturale. Il ne savait pas ce que je ferais par la suite, je ne le savais
pas non plus, mais il a écrit l’essentiel. Yves Navarre nous a quittés trop tôt. Merci Yves.
Michel Dubré 2009

Michel Dubré
Par Yves Navarre

Ici, nul procédé, mais un processus, une procession ou bien encore un cortège.
Curieux miniaturiste qui aurait été brusquement saisi par le désir de composer de gigantesques fresques
de quarante centimètres de large et de trente centimètres de haut.
Oui, il faut bien préciser le haut et le bas car il y a un sens de lecture, le ciel et la terre
et de bien étranges rencontres que les doctes, d’un premier regard jeté, qualifieraient de ludiques
ou bien de saugrenues.Au premier regard seulement. Et ce que dicte la critique est aussi dangereux.
L’art quand il est en train de se faire, l’artiste quand il est en train de s’exprimer, échappent parfois
aux références, codes et modes, on étiquette, on archive déjà, le vernis à peine apposé. Mais le tableau
regarde, l’œuvre observe, le premier jugement n’est pas toujours le bon. Entre le haut et le bas,
le ciel et la terre, attention fragile, Michel Dubré offre ses maxiatures en partage. Le mot n’est pas beau.
Mini, Maxi, sacrifier à la mode des mots nouveaux. Et pourtant, si Dubré invente, il faut inventer.
Il y a beaucoup de tendresse dans le mot miniature, affection, passion, un goût profond de l’être
qui honore l’autre, celui qui regarde et qui est regardé par l’œuvre. Il y a peut-être encore plus d’émotion
dans ces maxiatures parce qu’il y va de la vie des villes, du béton et des blés, des galets et des voitures,
c’est le visage d’un monde et d’un temps. Ici nul procédé. On peut prendre la fresque dans ses bras.

Voici donc, entre ciel et terre, un combat que, seule, l’inspiration peut arbitrer.
Il y a les villes qui se prétendent capitales et qui ne sont que catacombes, ruines à venir, un passé
qui n’évolue guère et il ya les champs, champs de lumière, champs de blé ou champs de vagues pour revendiquer,
être là, dérégler l’ordonnance funéraire et logique des architectures humaines et imposer ce qui, nature, surgit.
Le premier à paraître de ce combat, à images répétées, c’est le gag, l’idée, ce que notre raison dans sa superbe
veut récupérer d’emblée. Puis à bien regarder, on verse en soi-même, on s’abandonne et on rêve.
Michel Dubré est un rêveur qui voit tout très bien, et de très près. Il n’oublie rien de ses rêves,
et si les humains fourmillent encore dans ses tableaux, c’est pour ne pas se contrarier de ce qui contrarie,
ne pas s’étonner de ce qui étonne, profiter de ce qui est banal, ou mettre en ordre ce qui, en principe,
pas à sa place, devrait être taxé de désordonné. Le trait précis, net, maniaque au sens passionné du terme,
ne fait qu’ajouter à notre désarroi amusé (premier temps) et à notre émotion perpétuée (second temps,
le reste du temps, vivre avec). Et tout cela, terriblement dessiné, est parfaitement innocent.
Nulle narration délibérée, nul collage volontaire, la qualité même de chaque tableau est dans son à venir.
C’est à venir. Comme pour un rêve, quand on se le rappelle. Dubré ne pratique pas le surréalisme
et ses recettes. Rien de plus réel que ses rêves. Jouons avec les mots, ces mots que la critiquature
suce comme des bonbons acidulés, Dubré serait un sur-onirique.
Naïf ? Non, il est innocent.
L’innocence étant ce degré d’intelligence où le sensible peut encore innover. Oui l’innocence innove,
bouleverse les règles établies, terrain vierge sur lequel l’artiste est son propre éclaireur.
Rien de plus chaleureux que ces éclairages, ombres portées, ciels sensuels, brassés de vie, tout vibre.
Et si pour le définir, on est tenté de dire de Dubré, il n’est pas ceci, il n’est pas cela, si les mots nouveaux,
créés pour lui semblent faux, maxiatures, sur-onirique, c’est que Dubré existe quelque part, au devant de nous,
qu’il nous devance dans un désir inusité, inouï au sens où nous n’avons pas encore entendu ce qu’il inscrit sur toiles,
jeu subtil de graphies et d’impressions. Les mythes de notre temps sont là, voitures, foules, immeubles,
monuments, sens obligatoires ; seules les cartes, images prévisibles, sont brouillées, pour une imprévisible
perfection du finiment petit qui nous conduit à un rêve que nous allons faire et qui nous tient compagnie.

Yves Navarre

Enfant, Dubré arpente, à pied, les rues grouillantes du quartier des Batignolles, de la Butte Montmartre, de Pigalle, de la place Clichy. Le Sacré-Cœur, l’Eglise de la Trinité, les Grands Magasins sont sur son chemin, mais aussi, à deux pas, les « terrains vagues »

des fortifications du Paris de l’après guerre, décalés, boueux, mal fréquentés, en souffrance.

Il arpente encore les dunes désertiques des plages du nord, avec leurs restes de blockhaus désaxés

qui se noient lentement dans un sable tellement fin qu’il en devient liquide.

Plus tard, étudiant à Estienne, il traverse régulièrement Paris pour rentrer chez lui…

Place d’Italie, Jussieu, la rue Mouffetard, le Panthéon, le « Boul’Mich » (il est de ceux qui font les premières

« craies » sur les trottoirs de la Ville), Notre-Dame, les Halles, le Palais du Louvre, l’avenue de l’Opéra,

l’avenue des Champs-Elysées… Stations, paysages, marches (plus tard vers le Sud), qui marqueront fortement

son travail d’artiste.

A 17 ans, il voit sa première affiche éditée (pour l’aquarium du Trocadéro de Paris), mais continue

des études artistiques.

Lauréat d’un prix d’encouragement, il effectue plusieurs voyages d’étude à Florence.

A bord d’une 2CV, Il explore aussi les pays d’Europe et du Bassin Méditerranéen, multipliant notes

et croquis. Pendant toute cette période, il accumule les expériences et productions artistiques diverses:

Dessins, collages, graphismes, typographies, peintures.

 

Après avoir débuté par l’exigeante discipline de la lithographie, il est diplômé de l’Ecole Supérieure Estienne.

Il étudie aux Arts Appliqués de Paris. Puis Il est reçu à l’Ecole Normale Supérieure de Cachan.

Des professeurs, comme Albert Flocon (Élève du Bauhaus, Intime d’Escher), Jean Cluseau-Lanauve,

René Letourneur, Pierre Noël Drain, marquent son apprentissage. Il aborde ensuite l’espace, le volume,

le design. Il enseigne à l’Education Nationale, comme professeur certifié, à partir de 1966.

Il développe ses créations, au travers du théâtre, du théâtre de rue, de l’espace urbain, de l’espace

scénique, de l’affiche de théâtre, du cinéma. Il dessine plusieurs films d’animation à l’ECPAD

dont le « Rendez-vous de l’Iroise » qui remporte une palme d’or en 1968.

Au début des années 1970, Dubré revient au dessin et à la peinture avec de nouvelles « visions »,

souvent d’échelle surdimensionnée, utilisant la figuration. Ses paysages et « dépaysages » ambigus

évoquent des thèmes d’écologie humaine et d’urbanisation utopique. Paris l’inspire. Il « installe »

ses premiers champs de blé dans la Capitale. Aux Champs-Elysées, Avenue de l’Opéra.

Les médias s’intéressent alors à son travail et lui proposent de nombreuses collaborations

dans les domaines de la presse, de l’édition et de la publicité. En 1976, il réalise une importante

campagne de publicité pour Air France et l’avion Concorde qui obtient la plupart des prix internationaux

d’Arts Graphiques. Il permet à la France d’obtenir la palme d’or du CLIO de New York.

Dubré alterne un travail de peinture et de dessin maniaque figurant des « espaces insensés »

avec un travail tridimensionnel – conceptuel tenant de la réalité et de l’utopie matérialisée

(objets, détournements, bricolages, installations). L’artiste pratique d’incessants « allers-retours »

entre ses tableaux, mythologies dessinées et ses  » matérialités  » en trois dimensions.

Il réinstalle ses « installations » dans son propre univers pictural. En 1978,

pour le Centre Georges Pompidou (Paris), il crée un de ses premiers « assemblages  » dans le cadre

de l’exposition « Le Temps des Gares ». Installation mettant en scène le néon, le fil de fer barbelé,

le gyroscope, les déchets du Centre Pompidou et la peinture noire.

Au travers de ses peintures et de ses « matérialités », ses assemblages énigmatiques, souvent ironiques,

sont marqués par le dépaysement (Dépaysages), comme ses champs de blé, installés dans Paris,

aux Champs-Elysées.

Il travaille ensuite à la série des « Muages ». Entre ciel et terre, entre naturalité et artifice, matérialité

et spiritualité. Les Muages révèlent une obsession pour les liens, les cordages et les réseaux.

Les nouvelles peintures de l’artiste, présentées par la Galerie Alain Blondel en 1996, à Paris,

montrent une nouvelle série consacrée à la lumière artificielle des villes, aux stockages de « toiles vierges »,

aux déchetteries de lumière cathodique stationnées dans des rues. On constate que « les matérialités »

de l’artiste sont à nouveau « recyclées » dans ses tableaux. La Villa Médicis, Musée de Saint Maur des Fossés,

présente une première rétrospective de son travail réunissant environ deux cents œuvres.

En 2000, l’artiste réalise une nouvelle installation–tableau « Muages Mémoire WWW. 1999 »

(Fondation IBM), réinstallée à l’écran, sur le plateau d’Antenne 2 pour l’émission « Bouillon de Culture »

(Bernard Pivot).

De 2001 à 2013 la galerie Alain Blondel présente une nouvelle série de ses peintures. »

L’artiste élabore de nouveaux « Projets Dépaysages » pour Paris et d’autres capitales : « En lumières Dépaysages » et « Dépaysages Stockages ».

Dubré précise son travail de perspectives dessinées ainsi que l’étude de lumières générationnelles.

Aux Lumières électriques des réverbères succèdent les lumières cathodiques des écrans dans lesquels apparaissent

des visages familiers (stationnés le long de rues dépaysées).

Scrutateur méthodique, Il anticipe de nouvelles mythologies contemporaines sans jamais renoncer à la subtilité du

métier pictural, à la beauté des images. Évidentes et mystérieuses ses figurations révèlent le monde caché d’un

contemporain intemporel.

À partir de 2008 il écrit plusieurs « Dubrépisodes » « Contes rébarbatifs et loufoques » souvent inspirés

par les dépaysements contemporains. (Inédits).

En 2010 Il peint une nouvelle génération de champs de blés plantés sur les Champs-Élysées. (Ublé Champs-Élysées)

et dessine de nouveaux projets d’installations de « Muages ».

En 2013 l’Ecole Supérieure Estienne présente l’exposition « Michel Dubré Dépaysages » regroupant une cinquantaine d’œuvres de l’artiste;

peintures mais aussi créations pour l’édition, la presse et la publicité. (Commissaire de l’exposition Camille Scalabre).

À l’occasion de l’exposition est édité l’ouvrage « Michel Dubré Dépaysages « .

Dubré participe à plusieurs expositions collectives, à l’invitation de villes, de galeries ou dans le cadre

de ART CAPITAL Comparaisons (Maxiréalistes), au Grand Palais de Paris. En 2014 à la fondation Taylor.

Il expose encore avec le groupe « artis fictae turma » qui présente une sélection d’artistes internationaux regroupés

autour de la tendance qu’il nomme IVG. « Imaginaire Visionnaire Génération ».

Il travaille actuellement à sa prochaine exposition.

Et aussi…

Il participe à différentes missions d’enseignement et de recherche

Professeur à l’Académie Charpentier (Paris), Ecole Supérieure d’Architecture d’intérieur, de Communication

Visuelle et de Design Graphique.

Vice Président du SNPI, il contribue à l’élaboration de la loi sur le droit d’auteur en publicité.

Directeur d’étude pour le Ministère de la Culture et le Ministère de l’Éducation Nationale, il a concouru

à la réhabilitation d’une partie des fortifications de Vauban à Belfort (La Tour 41), ainsi qu’à la création

du Centre Culturel de la ville, avec le CDEP.

Maire Adjoint à la mise en valeur du patrimoine de la ville de Saint-Maur-des-Fossés,

il a travaillé à la concrétisation de plusieurs projets architecturaux et urbains et contribué à la sensibilisation

des habitants à leur architecture par L’Exposition « Architectures de Saint-Maur, Patrimoine vivant »

présentée par le Musée de Saint-Maur, Villa Médicis. Le répertoire des architectures remarquables,

en collaboration avec la CAUE du Val de Marne.